Bill Evans

Bill Evans a révolutionné l'approche du trio et du piano jazz. Il a su incorporer à son jeu une certaine couleur harmonique issue de ses influences classiques (impressionnistes français, Chopin, Scriabine, Rachmaninov). Son art du voicing, son sens des subtilités rythmiques (accentuations, polyrythmie, displacement,...) et de la mélodie font de lui l’un des pianistes majeurs de l'histoire du jazz. Compositeur inspiré, certains de ces thèmes sont devenus des standards du jazz : «Waltz for Debby», «Very early», «Turn out the stars», «Time remembered»…

Adolescent, Bill Evans commence à s'intéresser au jazz, et en particulier à Bud Powell, Nat King Cole, George Shearing et Lennie Tristano. Il joue dans des orchestres amateurs et poursuit ses études musicales au Southern Louisiana College dont il sort primé en 1950.

Après un passage difficile dans l’armée, il joue et enregistre avec de petits orchestres new-yorkais et prend des cours de composition à la Mannes School of Music.

En 1955, le compositeur et théoricien du «concept lydien» George Russell fait appel à lui pour l'enregistrement de l'album Jazz Workshop avec son «jazz smalltet» puis du titre «All about Rosie» sur l'album collectif «Brandeis Jazz Festival». Russell et Evans se retrouveront ensuite pour d'autres albums : « New-York, N.-Y.» en 1958, «Jazz in the space age» en 1960, «Living time» en 1972.

En 1956, il enregistre sous son nom pour le label Riverside «New jazz conceptions» en trio avec Teddy Kotick à la contrebasse et Paul Motian à la batterie. Bill Evans n'a pas encore trouvé «l'interplay» qui caractérisera son approche du trio jazz mais on découvre déjà dans cet album sa technique d'harmonisation novatrice. Grâce à cet album Bill Evans devient un musicien de studio très demandé. De nombreux musiciens font appel à ses services dont Don Elliott, Eddie Costa, Jimmy Knepper, Helen Merrill et Charles Mingus.

En 1958, Bill Evans joue avec John Coltrane et Cannonball Adderley au sein du sextet régulier de Miles Davis. En 1959, celui-ci le rappelle pour l'enregistrement du célèbre album «Kind of Blue». Miles Davis a toujours reconnu l'importance de l'apport de Bill Evans pour ce disque phare du jazz modal.

Après une carrière de sideman, il forme en 1959 un trio avec le contrebassiste Scott LaFaro et le batteur Paul Motian. Les trois partenaires cassent avec la tradition, où contrebassiste et batteur se cantonnaient à un rôle d'accompagnement, en se livrant à une véritable improvisation à trois. Cet «interplay», synergie constante entre les trois musiciens, a fait la spécificité et la modernité de ce trio.

Quatre disques naissent de cette formation : «Portrait in jazz» en 1959, «Explorations» en 1961) et surtout deux albums mythiques issus d'une même séance au Village Vanguard de New-York «Waltz for Debby» et «Sunday at the Village Vanguard» enregistrés le 25 juin 1961.

Scott LaFaro trouve la mort dans un accident de la route dix jours après l'enregistrement de ces disques ce qui affecte profondément Bill Evans qui n'enregistre rien en trio pendant presque un an.

En 1962 Bill Evans repart en studio en trio avec Chuck Israels à la contrebasse et Paul Motian à la batterie. Les albums «How my heart sings» et «Moonbeams» sont issus des ses séances. Chuck Israels ayant une approche plus traditionnelle du rôle du contrebassiste, le résultat est de qualité mais moins novateur.

Après avoir enregistré ses derniers albums pour Riverside, Bill Evans signe avec «Verve-MGM». Le producteur Creed Taylor le pousse à sortir du trio et à diversifier sa production en enregistrant des albums avec d'autres vedettes du label, en solo («Alone»-1968), en re-recording («Conversation with myself»-1963) ou avec un orchestre symphonique. Il enregistre également avec d'autres musiciens dont Gary MacFarland, Stan Getz, Monica Zetterlund, Jim Hall, Shelly Manne et Jeremy Steig.

Entre 1969 et 1975, Bill Evans se produit essentiellement avec Eddie Gomez et Marty Morell. Ce trio enregistre de nombreux albums dont : «Jazzhouse» et «You're gonna hear to me» en 1969, «Montreux II» en 1970, «The Bill Evans album» en 1972, «The Tokyo concert» en 1973…

Après de nombreux changements, l'association avec le contrebassiste Marc Johnson et le batteur Joe LaBarbera est le dernier trio du pianiste et l'un des meilleurs. Bill Evans qui a considérablement modifié son style pianistique retrouve avec ses jeunes complices «l'interplay» qui manquait parfois à certains des trio précédents. S’il n'y a pas d'enregistrement studio de cette formation, il existe des versions réalisés en clubs ou en concerts dont «The Paris concert», «Turn out the stars : the final Village Vanguard recordings», «Consecration : the complete collection».

Usé par une longue addiction à la drogue, Bill Evans est mort le 15 septembre 1980 des suites d'une hémorragie interne.

A écouter :